Le village des Rousses.

Le village jurassien des Rousses, à 1100 mètres d’altitude, a donné son nom à la station de ski regroupant aussi trois autres communes – Lamoura, Bois d’Amont et Prémanon – ainsi qu’un important réseau de pistes de ski nordique et alpin. C’est là que nous avons logé pendant notre week-end dans la région, en janvier 2011. Ce petit bourg ne manque pas de dynamisme et d’activités, tout comme ses trois voisins, qui ont tous marqué l’histoire du ski à leur manière.

Les Rousses: d’abord un village

Buste de Louis Pasteur, près de l'Office de tourisme.

Les Rousses. Étrange nom que voilà! D’où peut-il provenir et que signifie-t-il? Messieurs, ne vous réjouissez pas trop vite, je vous vois déjà les yeux pleins d’espoir et le rictus aux lèvres… Mais non, vous ne trouverez pas dans ce village plus de femmes aux chevelures auburn que dans d’autres localités. Cependant, l’étymologie des Rousses pourrait bien désigner une toison, mais d’une tout autre sorte: celle des animaux – renards et faisans – que les habitants de la région venaient chasser par ici. Ils disaient alors qu’ils allaient « aux Rousses », sous-entendu à la chasse aux bêtes rousses. Cette explication, la plus répandue, est pourtant contestée. Une autre interprétation, soutenue par l’ouvrage « Toponymie générale de la France », veut que ce nom qualifie tout simplement des terres rousses.

Le bureau de l'ESF se trouve à l'office de tourisme des Rousses.

Il n’existe heureusement pas de polémique quant au nom des habitants, les Rousselands. Ils sont plus de trois mille répartis sur 38 km2. Le village s’avère plutôt petit, avec son artère principale, la rue Pasteur, du nom du célèbre chercheur, né dans le Jura, à Dole, à une centaine de kilomètres de là. Un buste le représente d’ailleurs, près de l’office de tourisme. Ce bâtiment moderne au toit en forme de A accueille les visiteurs et abrite le bureau de l’ESF, l’école du ski français. A l’extérieur se situe l’un des arrêts des skibus et des cars du réseau Jura Go. Ils traversent le village en empruntant la Route Blanche.

Une maison typique du Jura, recouverte de tavaillons de bois.

Ne vous attendez pas à trouver aux Rousses des chalets en bois. Ceux-ci sont typiques des Alpes mais pas de la Franche-Comté.  Aux alentours du village, les fermes jurassiennes sont plutôt construites en pierre, parfois recouvertes de chaux sur certains côtés, de tavaillons sur d’autres, de même que sur le toit. Les tavaillons, aussi appelés « ancelles »,  sont des planchettes de bois permettant d’ajouter une couche d’isolation et de protéger les maisons de la pluie et du vent. Les demeures plus récentes peuvent être recouvertes de tavaillons de zinc ou de tôle. Les fermes du Jura sont souvent peu hautes et leurs toits présentent à leurs extrémités une cassure pour limiter la prise du vent. Très représentatif aussi de ces constructions: la porte de la grange, cintrée et en bois.

L'Eglise Saint-Pierre des Rousses et son clocher comtois.

Dans le village, l’architecture est plutôt disparate. Il reste certes quelques édifices traditionnels, comme la chapelle Notre Dame des Neiges (aujourd’hui une école privée) ou la belle église Saint Pierre, avec son clocher typiquement comtois, d’où l’on profite d’une jolie vue sur le lac des Rousses et  sur les collines alentours au coucher du soleil. Mais la plupart des maisons sont récentes et constituées de murs ravalés et de toits en tôle ou en tuiles.

Les Rousses n’a pas les airs de vieux village typique, comme on pourrait l’espérer. Mais la commune ne manque pas de dynamisme. Non seulement elle s’intègre à une station de ski et dispose d’un office de tourisme très actif en hiver comme en été, mais elle compte aussi des commerces plutôt rares dans ce genre de bourgs. On trouve ainsi un charmant salon de thé, un chocolatier, une mignonne librairie, une brasserie québécoise (la Cabane à sucre) et une épicerie fine vendant de nombreuses sortes de thé et de chocolats. Sans oublier les nombreux restaurants, dont le chalet Regain, qui propose une cuisine inventive dans un intérieur tout de bois.

Le lac des Rousses vu depuis l'église Saint-Pierre.

Que vous veniez en été ou en hiver, et même si la neige vient à manquer, vous n’aurez pas le temps de vous ennuyer, entre la  Boissellerie du Hérisson, la fromagerie traditionnelle, les deux golfs, le centre équestre, les deux salles de cinéma ainsi que les nombreuses randonnées ou balades à vélo en forêt ou au lac aménagé des Rousses, où vous pourrez vous adonner à  la pêche,  à la voile ou à la baignade en été. Et vous ne pourrez pas passer à côté de l’une des principales attractions des Rousses, son fort, où de nombreuses activités vous attendent…

Explorez le point « fort » des Rousses

Le fort des Rousses propose aujourd'hui de nombreuses activités.

Le fort des Rousses (ou fort Henri-Martin) est un excellent exemple de reconversion réussie. Voulu par Napoléon Ier pour protéger la région d’éventuelles invasions, il fut construit trente ans plus tard sous son neveu Napoléon III, et achevé en 1863. En 1899, il était cependant déjà obsolète et ne remplit jamais son rôle de défense. Les militaires l’abandonnèrent en 1919.
L’édifice, plus grande forteresse de France après le Mont-Valérien, n’en fut pas moins utile et connut même plusieurs vies. En 1925, puis de 1930 à 1938, il abrita des colonies de vacances. A partir de 1940, il retrouva un usage militaire, puisque les Allemands l’occupèrent jusqu’en 1944. Après la guerre, il servit comme centre d’entraînement commando, avant d’être vendu par l’État à la commune des Rousses en 1997.

Le parcours aventure du fort des Rousses, ouvert en été.

Les installations qui servirent à l’entraînement des commandos sont aujourd’hui utilisées dans le cadre du parc aventure, ouvert en été. Il permet au public de frissonner sur des tyroliennes, des ponts de singe, des troncs suspendus dans les sapins au pied du fort, ou sur des via ferrata le long des remparts. Plusieurs niveaux de difficulté sont proposés, le parcours le plus facile étant accessible aux enfants dès quatre ans (voir ici pour les horaires et tarifs).
En été (voir horaires et tarifs ici) ou pendant les vacances scolaires de Noël et février (les mercredis de 10h à 12h), vous pouvez explorer les souterrains, où les forces spéciales s’entrainaient à l’évasion, et tenter d’en franchir les divers obstacles muni d’un casque et d’une lampe frontale. Ces galeries sont ouvertes aux enfants à partir de sept ans. Pour tout renseignement ou réservation, adressez-vous à l’office de tourisme des Rousses.

Deux des bâtiments du fort abritent les caves d'affinage du Comté Juraflore.

Deux des bâtiments dans l’enceinte du fort servent maintenant de cave d’affinage au Comté Juraflore. Il furent rachetés en 1998 par Jean-Charles Arnaud, PDG des fromageries Charles Arnaud (son père). Ancien élève officier au fort, il avait entrevu les possibilités qu’offraient les 30000m2 de salles voutées pour l’affinage de fromages. Les bâtiments sont en effet dotés de murs de plus d’un mètre d’épaisseur, ce qui permet de conserver une température fraîche quel que soit le temps à l’extérieur, condition indispensable à la qualité des fromages. Il fallut cependant réaliser d’importants travaux pour aménager les pièces en couloirs de plus de 200 mètres de long.

Les Comtés pèsent 40 kilos.

Tout au long de l’année, deux à trois fois par semaine, des visites guidées sont organisées dans ces caves d’affinage de Comté, les plus grandes d’Europe. Si vous êtes de passage, ne manquez pas ce rendez-vous, étonnant et passionnant. Avant de partir à la découverte des 55000 comtés vieillissant ici, vous pourrez étudier l’impressionnante maquette du fort. Puis vous passerez devant les odorants couloirs de la cave Lacuzon, protégés par des vitres derrière lesquelles vous apercevrez les robots affairés à retourner et saler les fromages un par un. Cette tâche est en effet automatisée et seules cinq personnes travaillent dans les caves, contre sept machines.

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La cave Charles Arnaud, longue de 214 mètres.

Votre guide vous expliquera ensuite le mode d’affinage des Comtés, qui passent de quatre à dix-huit mois dans les caves, vous présentera les particularités des trois autres fromages AOC de la région Franche-Comté (Morbier, Bleu de Gex et Mont d’Or) et vous révèlera les secrets de la fabrication d’un fromage. Après cela, muni de coquettes chausses bleues, vous traverserez les caves en demi-cintre Charles Arnaud, surprenantes à plus d’un titre: non seulement de par leur taille, mais aussi et surtout de par l’acre odeur qui s’en dégage et qui, contrairement à ce que l’on pourrait croire, n’est pas une simple effluve de fromage. Je ne vous en dis pas plus pour vous laisser la surprise. Enfin, après avoir traversé une étroite et sombre galerie, vous assisterez, dans l’ancienne poudrière, à la projection d’un film sur l’histoire des maîtres fromagers Arnaud et pourrez déguster trois morceaux de Comté, aux durées d’affinage différentes. Une vente est proposée après la visite, mais vous trouverez les mêmes produits chez les fromagers alentours et éviterez une longue attente.
Pour connaître les dates des visites, qui durent entre une heure et demie et deux heures, adressez-vous à l’office de tourisme des Rousses et réservez vos billets plusieurs jours à l’avance, cette activité ayant beaucoup de succès. Les tarifs sont de 5 euros par adulte, 3,50 euros par enfant.

Enfin, pour ceux qui souhaitent tout simplement découvrir le fort, il existe en été des visites guidées du site, qui ont lieu les lundis et jeudis de 14h à 15h30 et de 16 heures à 17h30, pour 7 euros par adulte et 4,60 euros par enfant. Vous pouvez aussi vous promener seuls et emprunter le sentier  long de 2 km décrivant tout le tour des remparts.

Découvrez les trois autres hameaux

L'église de Bois d'Amont et son clocher comtois bien particulier.

Pendant notre week-end, nous avons pu faire un petit tour à Bois-d’Amont, village se situant à 9 km au nord-est des Rousses. La route y menant passe devant le lac des Rousses, sur lequel nous avons pu apercevoir des chars à voile filant sur la glace.
Bois-d’Amont s’avère encore plus petit que Les Rousses. Son église, construite vers 1750, présente une particularité inédite: son clocher comtois, dit « à dôme à impériale », décrit une forme totalement cylindrique, tandis que tous les autres clochers comtois sont constitués de quatre faces.

La Boissellerie de Bois d'Amont.

Autre point d’intérêt: le musée de la boissellerie. Dans cette ancienne scierie recouverte de tavaillons de bois et surplombant l’Orbe, les visiteurs sont invités à découvrir les techniques artisanales permettant la création de boîtes, skis, charpentes et autres objets en épicéa, arbre présent en abondance dans la région. Les horaires des visites varient en fonction de la période de l’année. Les tarifs vont de 3 euros pour les enfants de six à seize ans à 6 euros pour les adultes. L’entrée est gratuite pour les moins de six ans.
Malgré sa petite taille, Bois-d’Amont ne manque pas d’artisans talentueux et passionnés. Pour preuve, la manufacture de skis Vandel, dernière fabrique de skis de fond en France. Cette entreprise familiale, qui ne cesse d’innover depuis sa création en 1937, ouvre ses portes au public tous les mercredis de 17h à 18h30 (tarifs: 6 euros par adulte, 3 euros par enfant de sept à seize ans).

Jason Lamy-Chappuis, champion de combiné nordique.

La manufacture Vandel ne constitue pas la seule preuve de l’importance du ski à Bois-d’Amont. Ce sport est omniprésent dans l’histoire et la vie de la région et de ce village en particulier, dont plusieurs célèbres skieurs sont originaires, à commencer par Léo Lacroix, grand champion de ski alpin dans les années 60. En ski nordique, c’est Jason Lamy-Chapuis qui fait maintenant la fierté de Bois-d’Amont. Né aux Etats-Unis en 1986 et arrivé dans le village Jurassien à l’âge de quatre ans, il est déjà champion de France et champion olympique de combiné nordique. Au moment de notre séjour aux Rousses, il remportait une épreuve de Coupe du monde à Chaux-Neuve, à une trentaine de kilomètres de Bois-d’Amont, arrivant ainsi en tête du classement général. Il a déjà remporté la Coupe du monde de combiné nordique en 2010.

Le centre polaire Paul-Emile Victor à Prémanon.

La commune de Lamoura, à 15 km au sud-ouest des Rousses, a aussi son importance dans le monde du ski nordique, puisque c’est de là que s’élance la Transjurassienne, la plus grande course de ski de fond de France.
Quant à Prémanon, c’est dans ce village que l’explorateur Paul-Émile Victor, originaire de Saint-Claude, décida d’implanter le centre polaire portant son nom. Ce musée présente au public ce qu’étaient hier et ce que sont aujourd’hui  les expéditions polaires, à travers une collection d’objets et la projection d’un film sur Paul-Émile Victor. Le centre est ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 12h et de 14h à 18h. Le billet coûte 5,50 euros pour les adultes, 2,80 euros pour les enfants.
Enfin, vous trouverez également à Lamoura un musée du lapidaire, pour découvrir les secrets des paysans tailleurs de pierres précieuses. Et si vous n’avez pas assez du ski pour vous dégourdir les jambes, vous pourrez toujours vous défouler à la patinoire de Prémanon.

Nous n’avons malheureusement pas eu le temps de visiter Lamoura et Prémanon, les navettes n’étant pas assez nombreuses. A ce sujet, si nous avons réellement apprécié la station des Rousses, nous avons en revanche trouvé que le réseau de transport constitue son véritable point faible.

Liens

Le site officiel de la station des Rousses: www.lesrousses.com

Pour consulter l’ouvrage « Toponymie générale de la France »: http://tinyurl.com/6y43sjr

Le site du restaurant Le Chalet Regain aux Rousses: www.chalet-regain.com

Le site de la Boissellerie du Hérisson aux Rousses: http://www.boissellerie-du-herisson.com

Le site du fort des Rousses: www.fort-des-rousses.com

Le site des Comté Juraflore: www.juraflore.com

Musée de la Boissellerie de Bois-d’Amont: www.museedelaboissellerie.com

Le site de Jason Lamy-Chappuis, présenté comme un tableau de bord d’avion, le champion de combiné nordique, surnommé Flying Jason, désirant devenir pilote de ligne: www.flying-jason.com

Le site de la course de ski de fond Transjurassienne: www.transjurassienne.com

Le site du centre polaire Paul-Émile Victor: http://www.centrepev.com/