Lors de notre dernière journée aux Rousses, la neige n’étant pas suffisamment présente pour nous adonner à certaines activités, comme le traîneau à chiens, nous avons décidé de nous rendre en train au Lac Léman, à Nyon d’abord, côté suisse, puis à Yvoire, côté français, sur l’autre rive.

Une matinée à Nyon

Vue sur La Dôle après le passage du Col de Saint-Cergue.

Nous voilà, dès 8h40, à l’arrêt de Skibus de l’office de tourisme des Rousses. Nous montons dans la navette et arrivons, cinq minutes plus tard, à la gare de la Cure, à la frontière franco-suisse. Juste le temps de prendre nos billets au distributeur automatique et le train rouge et orange fait son apparition. Nous y grimpons et moins de deux minutes plus tard, sommes en route vers le col de Saint-Cergue. Avant de l’atteindre, nous jouissons d’une très belle vue sur le sommet de la Dôle et sa boule blanche, contenant un radar destiné à l’aviation et une station météo. La chance est avec nous: le ciel est superbe, bleu et dégagé, et le soleil bien présent. Nous passons des forêts qui nous laissent entrevoir la route, nous arrêtons cinq minutes à la gare de St-Cergue, retraversons des étendues boisées puis apercevons l’autre versant de la Dôle. La brume matinale recouvre encore le Lac Léman et les Alpes, à peine distinguables, mais la vue sur les monts jurassiens est superbe. Notre train marque quelques courts arrêts dans de petites gares avant d’arriver enfin à Nyon, ville assez étendue, dont nous découvrons d’abord la banlieue et ses HLM avant d’arriver au terminus après une heure de trajet.

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La Tour de l'Horloge et le temple de Nyon.

A quelques mètres seulement de la grande gare sans charme se profilent les artères du centre-ville de Nyon. Nous passons d’abord par le quartier piéton, composé notamment d’immeubles de style baroque datant du 19e siècle, puis débouchons sur de mignonnes petites rues aux maisons plus basses et colorées, aux volets rouges ou verts, pourvues de jolis réverbères et parfois d’arcades. Tout cela me rappelle avec le plus grand plaisir l’Autriche et la République tchèque. Nous passons devant le Vieux-Collège, maison cossue arborant une belle horloge, mais dont la façade charbonnée mériterait un ravalement. En face, le temple de Nyon donne sur une mignonne placette où se dresse la tour de l’horloge ainsi qu’une petite fontaine.

Les colonnes romaines de l'esplanade des marronniers.

Nous prenons à droite pour franchir la porte Ste-Marie et déboucher sur l’esplanade des marronniers. L’endroit permet de profiter d’une magnifique vue sur le lac Léman, les Alpes, encore couvertes par la brume, et le petit port de plaisance. Dans ce paisible parc s’élèvent deux colonnes romaines découvertes non loin de là. Nyon fut en effet fondé par les Romains au 1er siècle avant Jésus-Christ. D’importante fouilles ont été menées dans toute la ville, permettant notamment de mettre au jour, en 1979, les vestiges d’une basilique, où se tient désormais le musée romain, puis les ruines d’un amphithéâtre en 1996.

De l’esplanade des marronniers part la promenade des Vieilles Murailles, surplombant le quartier de Rive, au bord du lac, et longeant des murs couverts de vigne. Nous rejoindrons ce sentier plus tard.

Le Château de Nyon datant du 12e siècle malgré son aspect récent.

Pour le moment, nous rebroussons chemin, croisons la Chapelle de l’Armée du Salut et arrivons à la Place du Marché, avec ses pavés ainsi que sa maison blanche à arcades et à la tour carrée. Nous parvenons enfin à la place du château prolongée par la citadelle blanche. Nous traversons sa cour en levant les yeux pour admirer les galeries à balustrade, puis arrivons sur une grande terrasse, d’où la vue sur les toits du quartier de Rive et sur le Lac Léman s’avère prodigieuse. Dommage que les Alpes se trouvent toujours dans la brume. Nous espérons que celle-ci se dissipera au cours de la journée. Nous ne visitons pas les intérieurs du château car ils sont occupés par le musée de la porcelaine, qui ne nous attire pas particulièrement. Nous ressortons et rejoignons la promenade des Vieilles Murailles puis descendons vers le Quartier de Rive par une adorable ruelle offrant une perspective idéale sur le château. Je trouve ce dernier plutôt original avec son architecture semblant tout droit sortie d’un conte de fée. Mon compagnon le trouve justement trop « carton-pâte ». Il me rappelle en fait, dans une moindre mesure, le kitchissime château autrichien de Neuschwanstein, construit par Louis II de Bavière en 1869. Walt Disney s’est d’ailleurs inspiré de ce dernier pour dessiner le château de La Belle au Bois Dormant pour son premier parc d’attraction.

Le même château dans les années soixante-dix, sans ravalement blanc.

Mais alors, de quand date le château de Nyon? Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’est pas récent, loin de là. Il aurait été construit au milieu du 12e siècle et aurait connu d’importants travaux au 16e siècle, sous la domination bernoise. Une rénovation fut également entreprise entre 1999 et 2006. Est-ce au cours de cette dernière qu’un ravalement blanc, parfois grossier, principalement sur le haut de la tour carrée, fut appliqué? J’ai tenté de le savoir en cherchant des photos de l’édifice antérieures à 1999… En vain. En revanche, j’ai pu dénicher, sur le site Delcampe, des cartes postales datant des années 1970 et prouvant que le château était alors fait de pierres brutes. Était-il en trop mauvais état pour le conserver ainsi? S’il est vrai que sa couleur actuelle lui confère un aspect pittoresque et « frais », il en perd toutefois en authenticité, ressemblant davantage à une construction du Parc Disneyland qu’à une forteresse moyenâgeuse.

La statue de Maître-Jacques, banneret bernois.

Dans la rue de Rive, nous passons devant la statue peinte et perchée sur une fontaine d’un chevalier portant une bannière et se tenant sous le regard scrutateur d’une peinture en trompe-l’œil. Il s’agit de Maître Jacques, un banneret bernois, c’est-à-dire un seigneur disposant de suffisamment de vassaux à réunir sous sa bannière en cas de guerre. Cette petite place fut représentée par Hergé dans l’album « L’affaire Tournesol », qui se déroule en partie à Nyon. Le dessinateur s’est d’ailleurs inspiré d’un physicien suisse ayant vécu dans cette ville, Auguste Piccard, pour créer le personnage du professeur Tournesol.

Nous débouchons enfin sur les rives du Lac Léman, où nous nous promenons pendant une heure environ, admirant les stalactites de glace formées par le froid sur les arbres, les rambardes et les chaînes du port, et scrutant une étrange façade de la place du Mollard, contenant une couronne.

L'embarcadère de Nyon.

Puis nous nous dirigeons vers l’embarcadère pour emprunter l’un des bateaux traversant le plan d’eau et permettant de se rendre à Yvoire, ville médiévale française. En hiver, ces navettes effectuent trois traversées en semaine, aucune le week-end. En été, elles en effectuent huit, le week-end comme la semaine. Le billet aller-retour Nyon-Yvoire coûte 19,40 euros par adulte, 9,70 par enfant de six à seize ans. Il peut s’acheter à bord et être réglé en euros comme en francs suisses. Vous pouvez aussi rejoindre d’autres villes, comme Genève ou, en été seulement, Lausanne.

Nyon vu du Lac Léman.

En montant sur le bateau, les employés nous préviennent que tous les commerces d’Yvoire sont fermés en ce jour, qu’aucun restaurant ni café ne semble ouvert pour que nous puissions nous y réchauffer avant notre retour sur Nyon, seulement trois heures et demi plus tard. Ils s’assurent que nous soyons toujours suffisamment motivés pour passer une partie de l’après-midi dehors dans le froid, dans cette petite cité apparemment vite visitée. Mon homme me lance un regard hésitant, mais je ne flanche pas. Pas question d’être venus jusqu’ici et de ne pas voir ce village classé parmi les plus beaux de France. Nous nous installons dans la petite embarcation et profitons de la vue sur Nyon depuis le Lac, et sur le château blanc se faisant de plus en plus petit.

Une après-midi à Yvoire

La tour d'Yvoire... soit le donjon du château!

Après vingt minutes de traversée, nous arrivons sur l’autre rive du Lac Léman accueillis par… la tour d’Yvoire. Il s’agit en fait du donjon de l’ancien château, vieux de sept cents ans, seule partie de l’édifice subsistant encore aujourd’hui après les destructions du XVIe siècle. Nous grimpons la petite rue déserte quittant le port. Et dire qu’en été, le village a la réputation de grouiller de touristes! Nous apprécions ce calme mais commençons à craindre de trouver le temps long sous ces températures négatives. Quand soudain, nous apercevons un restaurant semblant ouvert, le Bateau ivre, référence au poète Rimbaud. J’entre timidement à l’intérieur pour demander s’il est possible de déjeuner. Lorsque les serveurs nous répondent par l’affirmative, nous poussons presque un soupir de soulagement. Nous ne finirons pas glacés comme les stalactites du port, pourrons déguster un bon repas et aurons malgré tout largement le temps de parcourir la cité.

La salle du restaurant le Bateau ivre.

Dans ce charmant établissement où le personnel se montre souriant et très serviable, mon compagnon déguste un excellent mais très gras filet de perche meunière pêché dans le lac, tandis que je savoure une « croûte » aux champignons, c’est à dire une tranche de pain garnie de jambon et de champignons, généreusement recouverte de fromage et passée au four… Un délice pour un plat au nom pourtant peu ragoûtant. En dessert, je cède à un succulent moelleux au chocolat accompagné d’une boule de glace au praliné.

Hors vacances scolaires, le menu de déjeuner « De retour du marché » propose une entrée, un plat et un dessert à 17,50 euros. Autrement, comptez de 10 à 26 euros pour une salade, une viande, une spécialité au fromage ou un poisson. Lorsque nous sommes repartis, la salle s’était considérablement remplie, ce qui paraît étonnant au premier abord dans ce village presque « fantôme » en hiver. Mais le Bateau ivre était le seul établissement accueillant les quelques touristes ce jour là. Il ne ferme d’ailleurs pas de l’année pour le déjeuner.

Vue sur le clocher à bulbe de l'église d'Yvoire et sur le Lac Léman.

Repus et réchauffés, nous voilà prêts à arpenter les petites rues piétonnes d’Yvoire. La cité médiévale cernée de remparts n’est en effet pas accessible aux voitures. Nous remontons la Grande Rue, qui n’a de grand que le nom, mais qui ne manque certainement pas de charme, avec ses belles maisons en pierre et ses petits ateliers. Au croisement de la rue des jardins, une superbe vue s’ouvre sur le château, construit au XIVe siècle, et ses échauguettes d’angles, petites tourelles circulaires. Celles-ci furent ajoutées entre 1919 et 1939 seulement, en même temps que la nouvelle toiture, qui avait été détruite par les Bernois à la fin du XVIe siècle.

Le monstre de Fanfoué.

Nous continuons jusqu’à la porte de Rovorée, qui autrefois débouchait sur un pont et un fossé, aujourd’hui comblé. A l’extérieur des remparts, sur la place de la mairie, nous profitons d’un beau panorama sur l’église et son clocher à bulbe bleu, sur le lac et la rive d’en face ainsi que sur une étrange créature de ferraille: le monstre Fanfoué. Un commentaire explique, non sans humour, que Joseph Layat, batelier décédé en 1860 d’une cirrhose du foie, avait de nombreuses fois prétendu voir cette bête sur le lac… « les soirs d’été à l’heure de l’apéritif ».

Annonces de l'annexion de la Savoie à la France datant de 1860.

Nous repassons ensuite sous la porte de Rovorée et prenons la rue de l’église. Sur les portes en bois des maisons sont placardées des affiches d’un autre temps qui attirent immédiatement notre attention: il s’agit d’avis datant de 1860 et concernant l’annexion de la Savoie et du comté de Nice, qui appartenaient jusqu’ici au Royaume de Piémont-Sardaigne, à la France. Cette cession entrait dans le cadre d’une l’alliance entre la France et le Royaume de Piémont-Sardaigne visant à obtenir l’unité italienne. En échange de l’aide militaire française pour chasser les autrichiens occupant certains territoires italiens, comme la Lombardie, Victor-Emmanuel II, roi de Sardaigne, avait promis de céder le Duché de Savoie et le Comté de Nice à Napoléon III. Suite au retrait des Autrichiens à la fin de la guerre d’Italie de 1859, l’annexion de la Savoie et de Nice fut entérinée par la signature du traité de Turin, le 24 mars 1860. Celui-ci fut ensuite soumis au vote des habitants, qui l’approuvèrent à une forte majorité. Le 4 mars 1861, le Royaume d’Italie fut proclamé et Victor-Emmanuel en devint le souverain.

L'église d'Yvoire.

Nous voilà maintenant sur la place du Thay, face à l’église que nous apercevions tout à l’heure. Son clocher à bulbe, dont l’ardoise a été remplacée par de l’inox, présente au soleil des reflets bleutés. Nous descendons jusqu’au bord du lac et au port des pêcheurs. De là, nous avons une autre vue du donjon. Ici aussi, le froid a fait des siennes: un ponton est emprisonné dans la glace, de même que les pierres et les arbustes qui le bordent.

Un ponton glacé.

Nous quittons le petit port pour rejoindre la rue du lac, où se trouve l’entrée du labyrinthe des cinq sens, grand jardin du château composé d’arbres fruitiers, de roses anciennes, de fontaines et de volières. Il n’ouvre malheureusement que de mi-avril à mi-octobre. Si vous êtes amateurs de « belles plantes », vous serez comblé à Yvoire à la belle saison, car le village, en plus d’exposer ce dédale végétal, remporte chaque année depuis 1959 le label « quatre fleurs » décerné par le jury national du concours des villes et villages fleuris de France.

Départ d'Yvoire avec une magnifique vue sur les Alpes.

Nous continuons jusqu’à la porte de Nernier. Ici aussi passait le fossé entourant le village. On peut encore voir l’emplacement du treuil de manœuvre du pont roulant ainsi que le logement de la herse qui autrefois fermait cette tour. Nous reprenons enfin la rue du port pour retourner à l’embarcadère. En attendant de pouvoir monter sur notre bateau, nous nous promenons sur la jetée et prenons de nombreux clichés de l’impressionnant phénomène de « glaciation » des arbres et des grilles du port. Puis vient l’heure du départ. Nous nous installons à l’arrière de la vedette, sur la plate-forme découverte, pour admirer le paysage, et remarquons en passant un drôle d’écriteau. Notre « navire » démarre et lorsqu’il s’éloigne de la côte, nous pouvons observer avec émerveillement que la brume s’est enfin dissipée comme nous l’espérions et que derrière le donjon d’Yvoire se détache la chaîne des Alpes. L’horizon tout entier se trouve habillé de ces montagnes affilées saupoudrées de neige.

Vue sur les Alpes depuis le train.

Dans le train nous ramenant aux Rousses,  le spectacle s’avère encore plus sublime. Nous partons juste au moment du coucher de soleil, qui offre aux Alpes et au Lac une magnifique lumière violacée. Nous ne pouvions être mieux placé pour profiter de ce panorama, puisque la vue embrasse toute la chaîne des Alpes ainsi que le Léman. Il a toutefois été difficile de filmer et de prendre de bonnes photos, les arbres étant nombreux et le train changeant souvent d’orientation. Je souhaitais également apprécier pleinement cet extraordinaire décor à l’œil nu avant qu’il ne disparaisse complètement. Les clichés sont donc bien inférieurs à ce que nous avons pu apercevoir.

Retour aux Rousses au crépuscule.

A La Cure, plutôt que d’attendre un skibus pendant trois quart d’heure, nous avons préféré, en dépit du froid et de la nuit qui tombait, rentrer à pied par la route royale. Nous en avons profité pour prendre quelques photos des prodigieuses couleurs du crépuscule. Enfin, nous sommes arrivés à notre hôtel peu avant vingt heures, où nous avons diné pour clôturer une excellente journée ainsi qu’un très agréable week-end dans le Jura.

Liens

Le site officiel de la ville de Nyon: www.nyon.ch/fr/index.php

Le site de la CGN, Compagnie Générale de Navigation sur le Lac Léman: www.cgn.ch/

Le site de l’Office de tourisme d’Yvoire: www.yvoiretourism.com/index.html