Un bateau rouillé en cale sèche, vieux souvenir de l'ancien port de Gardur.

En ce troisième jour de notre voyage en Islande, après une visite de Reykjavik le matin, nous partons l’après-midi en direction de la péninsule de Reykjanes, à l’ouest de la capitale.

Une première étape à Gardur

Nous prenons la route qui mène à l’aéroport de Keyflavik et, après une soixantaine de kilomètres, arrivons à Gardskagi, la pointe nord de la péninsule, où se trouve la ville de Gardur. Le port de pêche de cette petite commune a été délocalisé à quelques kilomètres de là, à Sandgerdi. Grindavik et Hafnir constituent les autres ports de cette région volcanique où l’agriculture est impossible et où la pêche représente donc la principale activité.

Le plus récent des deux phares de Gardskagi.

Les deux phares blanc et rouge sont eux toujours bien présents à Gardskagi. Le premier, haut de 11 mètres et de forme carrée, date de 1897. Trop petit pour être visible pendant les tempêtes, il fut remplacé en 1944 par un phare cylindrique et sert aujourd’hui de poste d’observation des oiseaux pendant les périodes de migration. Avec ses 28 mètres, son successeur, désormais inactif, est le plus haut phare d’Islande. Lors de notre passage, il était fermé, mais vous pouvez, paraît-il, en demander la clé au musée folklorique à deux pas de là, pour admirer la vue depuis son sommet. C’est justement vers ce musée que nous nous dirigeons, surtout dans l’espoir d’y trouver une cafétéria où boire un café pour nous réchauffer et nous réveiller. Le vent se montre en effet ici particulièrement violent, et mon compagnon, fatigué par notre longue route de la veille sur la côte sud, commence à somnoler. Nous pénétrons donc dans le bâtiment blanc et tombons sur le bric-à-brac du rez-de-chaussée, constituant le musée. L’entrée est gratuite. Ce sont deux personnages locaux, Asgeir Hjalmarsson et Gudni Ingimundarson , qui ont amassé des milliers d’objets en tous genres, dont des TSF, des moteurs, des bateaux, de vieilles photos et toutes sortes de machines.

Une maison de Gardur.

Après un petit tour dans ce fatras et une pause café à l’étage, nous ressortons et découvrons avec étonnement qu’en un quart d’heure, le ciel s’est dégagé, passant du gris au bleu. Nous pouvons apercevoir Reykjavik à l’Est et le glacier Snaefellsjökull au nord. Nous prenons également le temps de lire les panneaux informatifs sur les différentes espèces d’oiseaux présentes ici avant de remonter en voiture. En partant, nous passons devant les petites maisons de Gardur qui, sur un ciel gris-bleu et une prairie verte, offrent de beaux contrastes.

Un passage rapide à Reykjanesta

On aperçoit au loin les fumées de la centrale électrique de Reykjanes.

Nous rejoignons la route 41 puis la 44 et la 425 pour nous rendre cette fois-ci à la pointe sud de la péninsule. Ici, tout n’est que champs de lave noirs, arides et déserts. Aucune végétation à l’horizon. Les rifts et sources d’eau chaude constituent les principales attractions de cette partie de l’île. A ce propos, vous trouverez, avant d’arriver à Reyjanesta en venant du nord, un petit pont appelé Midlina enjambant une crevasse. Il relierait les plaques tectoniques américaine et eurasiatique. Ce site est  accessible depuis une petite route que nous n’avons pas vue, mais il faut avouer que nous sommes passés par là relativement vite. Il était en effet déjà 17 heures et nous voulions pouvoir rester un petit moment au Blue Lagoon puis rentrer tranquillement en passant par le lac Kleifarvatn.

La centrale électrique de Reykjanes.

Depuis la route, nous apercevons les fumées puis la large silhouette de la centrale électrique (Orkuverid Jörd). Elle peut se visiter tous les jours, mais seulement de 11h30 à 15h30. Puis c’est le phare de Reykjanesta qui se dessine au loin. Construit une première fois en 1878 sur le mont Valahnjukur, il était alors le premier phare d’Islande. Mais fragilisé par les tremblements de terre et les déferlantes, il fut détruit en 1908 et reconstruit un peu plus loin, sur la colline Bajaerfell. Nous aurions aimer pouvoir l’atteindre, mais la piste y menant nous paraissait bien cahoteuse pour notre petite voiture. Nous nous sommes donc contentés de l’admirer de loin. Si vous restez plus longtemps que nous dans cette partie de la péninsule, vous pourrez aussi découvrir les sources d’eau chaude de Gunnuhver, tout près du phare de Reykjanesta.

Un moment de détente au Blue Lagoon

La péninsule de Reykjanes sur la route 43.

Nous quittons la côte une fois passé le village de Grindavik, sans grand intérêt, et empruntons la route 43 menant au Blue Lagoon. Nous avons beau nous approcher d’un site particulièrement touristique, nous sommes toujours seuls au monde. Le ciel s’est à nouveau éclairci et le paysage rocailleux se couvre désormais de mousse ocre.

Le Blue Lagoon, lieu paradisiaque.

Soudain, au milieu de rien surgit l’usine géothermique Svartsengi. C’est de là qu’est puisée, à plus de 2000 mètres de profondeur, de l’eau naturellement chauffée à 240° par le magma. Une fois refroidie à 70°, elle est acheminée par canalisations vers Grindavik, pour alimenter la ville en eau chaude et en chauffage. C’est le surplus de ces eaux, descendues à 40°, qui alimente le bassin du Blue Lagoon jouxtant l’usine. Il s’agit donc d’un site mi-naturel, mi-artificiel.

Nous nous garons sur le parking du Blue Lagoon et parcourons les quelques mètres menant à un grand bâtiment. Un chemin pavé se fraye entre de hauts blocs de lave noirs et l’on aperçoit déjà, se faufilant entre des roches, l’eau turquoise. Une fois dans le complexe, nous payons notre entrée. Si vous venez en famille, prévoyez un budget Blue Lagoon car le billet est onéreux: 28 euros pour les adultes et 10 euros pour les adolescents de 14-15 ans, gratuit en dessous de cet âge. Le personnel nous remet un bracelet électronique qui sert pour entrer sur le site, fermer son casier et régler ses consommations au bar. Nous nous séparons pour gagner chacun nos vestiaires. Ces derniers s’avèrent propres, modernes mais collectifs. De rares cabines individuelles permettent cependant aux plus pudiques de garder un peu d’intimité. Une fois le maillot de bain enfilé, passage obligatoire à la douche et zou, à l’eau!

Profitez d'un Blue Lagoon calme en soirée.

Le spectacle de ce Blue Lagoon dont nous avions tant entendu parler ne nous déçoit pas. Nous avons la chance de profiter d’un beau ciel bleu et d’une période calme, en cette fin de journée hors période de vacances scolaires. Nous pouvons pleinement jouir de ce cadre exceptionnel, avec cette eau bleue laiteuse due à la présence de silice, réputée pour ses vertus sur les maladies de peau comme l’eczéma et le psoriasis. D’ailleurs, au bord du bassin sont mis à disposition des bacs remplis de masque au silice dont on peut s’enduire le corps et le visage. Pour ceux qui voudraient pousser le vice, le Blue Lagoon est doté d’un spa proposant une multitude de soins, dispensés dans le bassin directement et utilisant les sels minéraux et autres ingrédients présents dans l’eau du lagon. Comptez de 15 euros pour un massage relaxant de 10 minutes à 140 euros pour un traitement énergisant et nourrissant aux algues de deux heures. Et si vous souhaitez prolonger les effets de ces cures, vous pouvez acquérir les produits de la gamme Blue Lagoon, vendus dans la boutique du complexe. Alors certes, le Blue Lagoon est devenu une entreprise commerciale florissante, avec en outre sa clinique, son restaurant et son bar, ainsi que l’aménagement du bassin qui n’a plus rien de sauvage. Mais il serait dommage de se priver d’un moment de détente dans ces eaux chaudes, entouré d’un paysage hors du commun.

Un moment de détente privilégié.

Nous savourons cet instant en explorant le bassin dans ses moindres recoins. A certains endroits, la température est si élevée qu’elle en devient presque insoutenable. Quelques pas de plus et elle redevient raisonnable. Nous nous laissons flotter en admirant le décor, nous observons la vapeur et les colonnes de fumée, nous passons sous le ponton de bois et sous la puissante cascade qui nous masse les épaules puis nous nous enduisons de silice. Après une petite pause au bar, nous replongeons dans les flots turquoises. Certains dégustent leur coupe de champagne dans l’eau, au bar extérieur situé dans une partie du bassin. Voilà près de deux heures que nous pataugeons dans ce lieu paradisiaque. Nous nous décidons à partir peu de temps avant la fermeture. Dans les douches, nous trouvons du shampoing, du savon et du démêlant. Sachez aussi que si vous avez oublié votre maillot de bain ou votre serviette, vous pourrez en louer sur place.

Des paysages lunaires au lac Kleifarvatn

Sur la délicate route 427, en direction du lac Kleifarvatn.

En quittant le Blue Lagoon, nous retournons vers Grindavik puis bifurquons vers l’est sur la route 427. Mais rapidement, cette voie s’avère relever davantage de la piste caillouteuse que de la chaussée goudronnée et avec notre Yaris, nous devons rouler au pas pour ne pas risquer la crevaison. Si nous retenons notre souffle tout le long du chemin, en espérant qu’après chaque virage la route redeviendra plus praticable, nous avons au moins le temps d’admirer les sublimes paysages lunaires, sauvages et mordorés. Il serait juste dommage de rencontrer un problème technique dans une zone aussi déserte et reculée.

Attention aux bains bouillonnants de Seltùn!

Peu après avoir rejoint la route 42, nous passons près de Seltùn, un champ géothermique. Nous nous arrêtons pour observer les étonnantes mares de boue bouillonnantes à la forte odeur de souffre, au bord de la route. Si plus loin, une partie de l’endroit est aménagée avec des passages en bois, ici, seuls des panneaux indiquent le danger, mais aucune barrière ou chemin tracé ne vous protège. Gare donc à ne pas vous approcher trop près, au risque de vous brûler, voire de vous ébouillanter dans une eau à 100°!

L'immense lac Kleifarvatn et ses collines arides.

Enfin, après encore quelques kilomètres sur une route toujours aussi délicate, nous arrivons à l’immense lac Kleifarvatn, l’un des plus profonds d’Islande, avec ses 97 mètres. Le décor méritait bien quelques frayeurs. Comme sur la côte sud, la lumière du soir et les couleurs de la terre aride évoquent l’Afrique. Nous nous imprégnons du silence, de la solitude et de la beauté du cadre avant de poursuivre notre route jusqu’à Reykjavik.

Retour à Reykjavik.

Peu après le lac, nous arrivons finalement sur une route goudronnée. Nous pouvons souffler et profiter une dernière fois des paysages âpres de la péninsule de Reykjanes, qui nous ont régalés toute l’après-midi.

Liens

Le site officiel de la péninsule de Reykjanes: http://visitreykjanes.is/

Le site officiel de Gardur: http://www.sv-gardur.is/english/

Le site du Blue Lagoon: http://www.bluelagoon.is/