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Islande: que manger au pays des glaces?

Le glacier Skaftafellsjökull, semblable à de straciatella.

Lorsque l’on parle de pays des glaces, on ne sous-entend évidemment pas la crème glacée mais bien les paysages gelés. Mais alors, que savourer en Islande ? L’île n’est pas réputée pour sa gastronomie. Vous aurez beau vous creuser les méninges, a priori, aucun plat typique du pays ne devrait vous venir à l’esprit. Et pour cause, l’Islande est victime d’une certaine américanisation de la nourriture, avec des fast-foods se multipliant comme des petits pains, en même temps que le nombre d’obèses. Sans compter sur le climat, peu propice à la culture des fruits et légumes. Pourtant, l’Islande sait aussi régaler ses hôtes de mets délicats et de produits frais.

Une gastronomie peu connue

Truite poêlée péchée dans le lac de Laugarvatn et dégustée au Lindin.

Nation de pêcheurs, l’Islande propose de nombreuses variétés de poisson. On pense immédiatement au saumon bien sûr, appelé Lax. N’oubliez pas ce nom, car nous qui ne le connaissions pas, nous avons eu toutes les peines du monde à faire comprendre à nos interlocuteurs que nous cherchions un endroit où déguster du saumon, même en parlant anglais et en utilisant moult périphrases et descriptions. D’ailleurs, en ce début du mois de mai, très peu de restaurants en proposaient à leur carte. Rien d’anormal à cela, la saison de ce poisson se situant uniquement de mai à septembre. Vous pourrez également goûter au haddock, à l’églefin, à la truite, au flétan, au hareng et à la morue. Ces espèces se consomment fraiches, fumées, séchées ou marinées, accompagnées de pain noir, le rugbraud. Les plus courageux testeront le Harkarl, requin faisandé au goût très spécial, que l’on fait passer avec une forte eau-de-vie islandaise fabriquée à base de pomme de terre, le Brennivin. Et ne vous méprenez pas si l’on vous offre du « Kaviar ». Il s’agit en fait de banals œufs de lump à tartiner.

Un dessert représentant le volcan en éruption avec du skyr pour symboliser la montagne.

L’Islande n’est pas en reste avec les viandes. La grande spécialité est l’agneau, que vous trouverez partout, notamment fumé (hangikjöt) et servi avec des galettes de seigle (flatbraud). Au menu également du mouton, pas toujours ragoutant lorsqu’il est proposé, paraît-il, sous forme de tête bouillie. Toujours au rayon des plats étonnants : le macareux et le guillemot, qui ne sont autres que des oiseaux. En accompagnement, vous trouverez souvent des pommes de terre, de même que des légumes cultivés sous serres. En dessert, vous ne pourrez pas rater le skyr, sorte de fromage blanc, présenté en général avec des fruits rouges et pouvant aussi être servi avec un plat salé. Ne soyez pas surpris si l’on ne vous propose pas d’alcool en prenant votre commande. Encore interdit il y a vingt ans, il est aujourd’hui vendu à prix d’or et seulement dans les magasins d’Etat, excepté pour les bières légères, que vous trouverez en supermarché. Le vin n’occupe donc pas une place aussi importante dans un repas qu’en France…

Le Lindin: une excellente surprise

Le restaurant Lindin, face au lac de Laugarvatn.

Au cours de notre séjour, nous avons déjeuné ou diné à trois reprises au restaurant et n’avons jamais été déçus. La première fois, c’était au cours d’une pause pendant notre première journée de balade, dans le Cercle d’Or, à Laugarvatn. Nous avons suivi les conseils du Guide du Routard, qui qualifiait le Lindin de « bonne surprise gastronomique ». Lorsque nous sommes arrivés, vers 14 heures, le restaurant situé au bord d’un paisible lac était désert. Nous avons même pensé que le service était terminé. Mais au lieu de cela, nous avons été accueillis de façon fort charmante par le serveur, qui s’est fait un plaisir de nous renseigner sur les différents plats et qui a même fait un brin de causette avec nous. Nous avons ensuite dégusté une délicieuse truite fraîche pêchée dans l’étendue d’eau voisine, poêlée à l’huile avec des carottes, des champignons, des oignons, du blé sous forme de petites boules claires et des amandes effilées… Un vrai régal !

La lumineuse salle du restaurant Lindin.

En dessert, nous nous sommes laissés tenter par la mousse au chocolat, décrite comme la meilleure du monde par le guide Lonely Planet. Il ne s’agit en effet pas d’une classique coupe remplie à la va-vite de crème au chocolat au lait bon marché, mais d’une excellente mousse au chocolat noir Valrhona, surmontée d’une purée de framboises avec des morceaux de pastèque, couronnée de mousse au chocolat blanc, le tout présenté avec raffinement dans une verrine.

Cet entremet était si appétissant que je n’ai pas su prendre le temps de le photographier. Heureusement, le serveur m’a donné un petit prospectus accompagné de clichés des plats, qui vous permettront au moins de « goûter des yeux » cette merveille. Autant vous dire qu’elle n’a pas déçu nos palais, parole de chocolatophile ! Le repas nous est revenu à une trentaine d’euros par personne avec le café, également joliment servi, et deux sodas, ce qui nous a semblé tout à fait raisonnable au vu de la qualité de la cuisine.

Fish Company : un tour des saveurs

Le restaurant The Fish Company, dans le centre de Reykjavik.

Notre deuxième expérience s’est déroulée un soir à Reykjavik. Après avoir examiné les menus de différents établissements à la recherche d’un lieu pouvant nous faire découvrir des plats locaux, nous avons opté pour la Fish Company, situé en plein centre-ville. La salle de restaurant se trouve à la cave, élégamment sombre, où les serveurs, très distingués, prennent le temps d’expliquer en détails la composition de chaque plat. En quête de nouvelles saveurs, nous avons jeté notre dévolu sur le menu « Autour de l’Islande », à 50 euros, composé de quatre mets de différentes régions. Pour nous mettre en appétit, divers amuses-bouches nous ont été apportés, d’abord sous la forme de trois petits dômes à tartiner sur du très bon pain aux céréales : une purée rouge au paprika, une confiture verte à la pomme, et du skyr, le fameux fromage blanc servi ici salé.

Haddock et homard fumés accompagnés d’un duo de pommes de terre et radis.

Deux petites verrines ensuite, au fond desquelles avaient été déposés de microscopiques mais goûteux morceaux d’haddock et de pomme. Notre appétit ayant été bien aiguisé, nous avons poursuivi en entrée avec une spécialité des îles Vestmann : du haddock et du homard fumés accompagnés d’un duo de pommes de terre et radis… Notre plat préféré du repas. Puis est venu le poisson, cuisiné selon une recette du Breidafjördur, fjord à l’ouest du pays. Il s’agissait de très fins morceaux de cabillaud servis avec une purée de carottes caramélisée, de l’angélique et des œufs d’omble. Encore un sans-faute à la présentation raffinée. Pour avoir un bon aperçu de la gastronomie islandaise, nous ne pouvions pas passer à côté d’un plat de viande. Ce fut un filet d’agneau aux herbes et ragout de chèvre avec champignons et petites carottes, en provenance d’une région appelée Thingeyjarsysla. Finalement, n’était-ce pas plutôt celui-là mon favori ?

Cabillaud, purée de carottes, angélique et oeufs d'omble.

Enfin, pour clore ce festival de découvertes gustatives, un dessert représentant le volcan Eyafjallajökull en éruption, avec du skyr pour symboliser la montagne, de la glace au chocolat pour le nuage de cendres et de la meringue en petits morceaux pour la lave. Original et frais. Le repas n’était pas tout à fait terminé cependant puisque quelques mignardises nous ont encore été offertes avant que nous commandions un café, toujours aussi délicatement présenté, dans un joli thermos et de belles tasses à l’effigie du réalisateur espagnol Pedro Almodovar. Même l’addition fut ingénieusement apportée, dans un petit portefeuille argenté.

Thrir Frakkar: le meilleur du poisson

Le restaurant Thrir Frakkar, à Reykjavik.

Enfin, nous avons voulu embarquer pour un ultime voyage gustatif lors de notre dernière soirée à Reykjavik. Pour cela, nous avons demandé conseil à notre conductrice de taxi, sur la route pour le centre-ville. Nous désirions trouver un bon restaurant où déguster du saumon, mais, malgré tous nos efforts, elle avait visiblement du mal à comprendre de quelle espèce nous voulions parler. Elle nous a tout de même orientés vers un établissement qu’elle jugeait parfait pour y découvrir toutes sortes de poissons : le Thrir Frakkar. Ce nom signifie à la fois « trois pardessus » et « trois français », l’établissement ayant conservé le nom de l’ancien restaurant, qui servait une cuisine de l’Hexagone. Mais depuis plus de vingt ans, ce sont bel et bien des plats islandais que l’on y trouve : steak de baleine à la sauce au poivre (très controversé en raison du caractère protégé de ce mammifère), requin et guillemot. Pour ma part, je me suis tournée vers la spécialité de la maison, le hachis de poisson au pain noir, roboratif et savoureux, tandis que mon homme s’essayait à un filet de morue poêlé avec des carottes, des pommes de terre, des pignons de pin et des raisins, exquis d’après lui quoique très salé.

Fleur de saumon dégustée en entrée au Thrir Frakkar.

Avant cela, nous avions ouvert le repas sur une fleur de saumon fumé, succulent car très peu gras, servi avec une petite portion d’œuf brouillé et de la crème fraîche. Bien que largement repue, je n’ai pas pu résister à l’appel du fondant au chocolat en dessert, que deux jeunes filles à la table d’à côté avaient entamé peu de temps avant avec délectation. Bien m’en a pris, car ce fut sans mentir le meilleur qu’il m’ait été donné de déguster !

Le meilleur moelleux au chocolat que j'ai pu goûter!

Notre repas fut accompagné de deux généreux verres de vin rouge, délicieux mais particulièrement fort, d’autant plus que les premiers furent entamés à jeun au bar du restaurant en attendant qu’une table se libère. A ce sujet, sachez que la petite salle boisée et cosy ne désemplit jamais, le restaurant étant considéré comme l’un des meilleurs de la capitale. Mieux vaut donc réserver, sous peine de devoir faire demi-tour ou de patienter un verre à la main, punition agréable mais qui peut valoir de rentrer à l’hôtel en titubant, comme ce fut notre cas. Du côté de l’addition, comptez une quinzaine d’euros pour les entrées et les desserts et entre vingt et trente euros pour les plats.

Solutions bis pour les fauchés

Le logo du supermarché discount islandais Bonus.

Ces restaurants de haute qualité restent malheureusement inaccessibles aux budgets serrés. Si vous avez besoin de surveiller vos dépenses, il faudra vous orienter vers les fast-foods et les supérettes. Ces dernières ne sont cependant pas toujours bon marché, principalement lorsqu’il s’agit d’articles importés. Mais vous devriez tout de même y glaner de quoi préparer des sandwichs ou des salades avec de bons produits locaux à moindres frais (pensez au saumon, délicieux et peu coûteux). Le supermarché le moins cher du pays, Bonus, équivalent de nos Lidl et arborant un cochon rose pour logo, est présent dans de nombreuses villes. En revanche, vous ne rencontrerez pas de grandes et moyennes surfaces dans les régions plus isolées. Vous devrez alors vous orienter vers les boutiques et restaurants de stations-service, où vous trouverez des plats plutôt copieux, comme des hamburgers, des frites, du poisson, du poulet mais surtout… des saucisses. Les Islandais sont particulièrement friands de leurs hotdogs, les « Pylsur ». Ils sont faits de viande de mouton – ce qui leur donne ce goût caractéristique mais plutôt bon, il faut l’avouer – d’oignons frits et de pain blanc, à accommoder à votre goût de diverses sauces. À moins de 2 euros l’unité, ils sont parfaits pour combler les petites faims, mais gare à devenir accroc!

Emballage d'un Pylsur, hot-dog dont raffolent les Islandais.

Autre solution économique: les restaurants ou selfs d’hôtels. Certains, comme le Cabin Hotel, proposent un buffet le matin, le midi et le soir pour une somme tout à fait modique. D’ailleurs, avec un bon petit-déjeûner composé de pain, de crudités, de fromage et de charcuterie, une petite collation devrait vous suffire à tenir jusqu’à la fin de la journée. Nous avons par contre été (agréablement) étonnés de ne pas voir de Macdonald’s. Logique, ils ont tous fermé en octobre 2009, en raison de la crise. À l’abord des grandes agglomérations, vous pourrez toujours vous rendre dans les autres chaînes présentes sur l’île, notamment Pizza Hut, Domino’s ou Subway. Mais, même avec un budget limité, il nous paraît plus intéressant d’essayer de goûter aux spécialités et produits locaux, pour faire aussi de votre séjour une évasion culinaire.

Liens

Le restaurant Lindin à Laugarvatn (la carte n’est pas complète): www.laugarvatn.is

L’établissement Fish Company à Reykjavik: www.fiskfelagid.is

Le restaurant Thrir Frakkar à Reykjavik: www.3frakkar.com