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Irlande: à la découverte de Londonderry

Notre chambre d'hôtel à Londonderry

Après notre journée passée sur la côte d’Antrim, nous arrivons le soir à Londonderry, deuxième ville d’Irlande du nord chargée d’histoire. Nous trouvons une confortable chambre au City Hotel de Queens Quay, au bord de la rivière Foyle et tout près des remparts. Nous déposons nos affaires et partons pour une première découverte de la ville de nuit.

Une soirée dans un Derry désert

La salle café du Pantry and Grill

Nous n’avons pas encore diné et mon compagnon me propose de tenter de retrouver un restaurant où il était venu quelques années auparavant lors d’un voyage de presse: le Halo Pantry and Grill. Les rues sont tristement désertes et peu de restaurants semblent encore ouverts en cette heure tardive. Nous tombons heureusement assez vite sur l’établissement en question, situé derrière les murailles, sur Market Street, et installé dans une ancienne fabrique de vêtements. Nous y entrons et nous installons au premier étage, là où se trouve la salle appelée « Pantry », garde-manger en français. Il s’agit en fait d’un café, avec de petites tables, un comptoir et un coin boutique en haut des escaliers. À l’étage au-dessus se trouve une autre salle plus chic, mais fermée ce soir-là. Nous commençons par commander deux Guinness, puis examinons la carte bien fournie. Nous choisissons, en guise d’entrée, des nems au canard et du filet de bar pané, puis en plat de résistance nous prenons tous les deux un steak d’aloyau agrémenté d’onion rings. Nous accompagnons notre repas avec un verre de vin chacun: Cabernet Sauvignon et T’Air d’Oc Syrah. Le service et l’ambiance sont agréables, les plats plutôt bons mais l’addition me paraît un peu salée: 80 euros à deux. À recommander donc, surtout pour l’originalité des lieux, si vous n’êtes pas trop limité par votre budget.

Vue sur l’histoire depuis les remparts

La vue depuis notre chambre d'hôtel

Le lendemain matin, nous profitons d’abord depuis notre chambre de la vue sur le Guildhall, qui contrairement à son apparence néogothique n’est pas une église, mais la mairie de la ville ainsi que le siège du conseil du comté de Derry. Puis après notre petit-déjeuner à l’hôtel, nous partons arpenter les remparts, non pas de Varsovie comme dans la chanson de Jacques Brel, mais bien de Londonderry. Nous passons d’abord par Shipquay Place, où nous pouvons voir le Guildhall de plus près et observer le balai des jets d’eau partant du sol. Derrière la muraille se dresse Tower Museum, réplique moderne d’une tour médiévale disparue.

Shipquay Street

Nous entrons ensuite dans la vieille ville par la Shipgay Gate et remontons Shipquay Street, qui avec sa pente m’évoque quelque peu San Francisco. A son sommet se trouve le Diamond, place typique des villes de la Plantation, c’est-à-dire de la colonisation de l’Irlande par les Britanniques aux XVIe et XVIIe siècles. C’est à cette époque que la ville, originellement appelée « Derry », fut rebaptisée « Londonderry », car sa conquête fut financée par des donateurs londoniens. Aujourd’hui, les deux noms cohabitent, Londonderry étant plutôt utilisé par les unionistes protestants et « Derry » par les indépendantistes catholiques. Le Diamond, en forme de losange, est le point de départ des quatre principales avenues de la ville et se trouve orné en son centre d’un mémorial dédié aux soldats de la première guerre mondiale.

Un canon sur les remparts de Londonderry

Nous tournons dans Ferryquay Street et continuons jusqu’aux remparts que nous empruntons. Particulièrement bien conservés, ils furent élevés au début du XVIIe siècle par Jacques I dans le cadre de sa politique de la Plantation. Ils supportèrent plus d’un siège, le plus célèbre étant celui de 1689. Les Jacobites, catholiques soutenant le roi Jacques II, tentèrent de s’emparer de la ville, bastion protestant aux mains des orangistes soutenant Guillaume III d’Orange. Après un terrible siège de 105 jours, les orangistes triomphèrent. En juillet 1690, ils remportèrent une victoire sur les troupes de Jacques II lors de la bataille de la Boyne, célébrée encore aujourd’hui tous les 12 juillet par le défilé des Orangistes dans Londonderry.

Le quartier protestant et unioniste de Londonderry

Arrivés au-dessus de London Street, nous observons le quartier protestant, à l’extérieur des remparts. Difficile de ne pas le remarquer: ses bords de trottoirs et ses lampadaires ont été peints aux couleurs du Royaume-Uni. Le Union Jack et le drapeau de l’Angleterre flottent dans les airs et les revendications s’affichent jusque sur les murs d’une crèche. De chaque côté de la cour où jouent des enfants, on peut ainsi lire en lettres peintes, à gauche « Les loyalistes de la rive ouest de Londonderry toujours assiégés, pas de reddition » et voir à droite la carte du Royaume-Uni portant les couleurs du Union Flag et entourée des drapeaux de l’Irlande du nord, du Pays de Galles, de l’Écosse et de l’Angleterre. Les expressions « assiégés » et « pas de reddition » peuvent surprendre et choquer quand l’on sait que les Irlandais catholiques de l’Ulster se trouvent sous domination britannique depuis le XVIe siècle. Mais pour les protestants, l’expression « no surrender » est historique: elle date du fameux siège de 1689, lorsque 13 apprentis fermèrent les portes de la ville et que les orangistes refusèrent de se soumettre aux Jacobins, criant « No surrender ». Dans l’esprit des protestants, ce sont donc bel et bien eux qui sont assiégés.

Vue sur le quartier du Bogside et la cathédrale St Eugene depuis les remparts

Plus loin sur les remparts, nous avons le droit à une vue sur la partie catholique de la ville cette fois, le Bogside, avec ses maisons mitoyennes en brique rouge et sa cathédrale St Eugene. Un des murs du quartier proclame « Vous entrez maintenant dans le Derry libre ». Ces mots furent peints pour la première fois à quelques mètres de là en janvier 1969, après que les habitants aient érigé des barricades pour empêcher la police royaliste d’Ulster de patrouiller. S’ensuivirent trois jours d’émeutes et d’affrontements portant le nom de « bataille du bogside ». La fresque baptisée « Bernadette » retrace ces évènements et montre Bernadette Bevlin, alors plus jeune député de Grande-Bretagne, s’adressant à la foule: elle fut condamnée à six mois de prison pour incitation à l’émeute.

La fresque "Death of innocence" du Free Derry

Une autre peinture représente un combattant de l’Ulster Volunteer Force, groupe paramilitaire loyaliste, face à un membre de l’IRA, armes à la main, séparés par une croix celtique. Celle nommée « Death of innocence » est plus pacifiste. Elle dépeint une écolière, Annette McGavigan, tuée en 1971 par un soldat britannique alors qu’elle avait 14 ans. Elle fut la centième victime civile du conflit nord-irlandais. À sa droite, un fusil brisé symbolise le processus de paix. Le bogside fut aussi le théâtre du tristement célèbre « Bloody Sunday »: le 30 janvier 1972, l’armée britannique tirait sur des catholiques participant à une marche pacifique, faisant 14 morts.

Avant d’atteindre le Bogside, nous sommes passés devant la cathédrale St Columb, construite au début du XVIIe. En quittant le Free Derry, nous faisons un tour dans le cimetière de la petite église St Augustin.

Il est désormais temps pour nous de quitter Londonderry ainsi que l’Irlande du nord, direction le Donegal.

Liens

Le site de la ville de Derry, pour trouver des infos sur l’hébergement, les activités, les monuments: www.derryvisitor.com

Le site du City Hotel de Derry: www.cityhotelderry.com